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Pourquoi la culture s’oppose à l’initiative SSR – « 200 francs, ça suffit ! ».

Les mesures d’économie actuelles touchent déjà la culture. Les conséquences d’une acceptation de l’initiative seraient encore plus graves. – Cette prise de position, du point de vue de ch-intercultur, association pour la critique culturelle, a été diffusée le 6 février en allemand dans la newsletter hebdomadaire « cültür » et est accessible sur le site Internet de « cültür ».

La création et la vie culturelles ont besoin du journalisme culturel. Il informe, élargit les horizons, crée une résonance et, dans le meilleur des cas, une critique culturelle compétente favorise même le développement des artistes, des auteurs et de leurs œuvres. Les évolutions du paysage médiatique et de la consommation des médias remettent de plus en plus cela en question. Les acteurs culturels, tout comme les autres acteurs de la vie culturelle, doivent s’en préoccuper.

Et c’est ce qu’ils font. La forte présence des acteurs culturels et des institutions culturelles dans la campagne référendaire contre l’« initiative pour la réduction de moitié » le montre clairement. Suisseculture, l’association faîtière des organisations de professionnels de la culture en Suisse et des sociétés suisses de droits d’auteur, met en garde contre les conséquences suivantes d’une éventuelle acceptation de l’initiative SSR:

« L’initiative vise à réduire considérablement la redevance des ménages et à exonérer totalement les entreprises. Cette réduction priverait la SSR d’une très grande partie de ses ressources. Selon les estimations disponibles, la réduction des redevances à elle seule entraînerait une perte d’environ 650 millions de francs ; si l’on ajoute à cela les pertes publicitaires qui ne manqueraient pas d’arriver, la perte s’élèverait à 750 millions de francs — c’est nettement plus que la moitié. (…)

Les conséquences d une réduction de la redevance des ménages et de la suppression de la redevance pour les entreprises seraient les suivantes :

  • Les artistes* perdent des contrats et des tantièmes (cinéma/coproductions, musique, scènes indépendantes, technique, postproduction, critique)
  • le public perd en diversité et en formats populaires dans tous les domaines
  • Les régions perdent en visibilité.

La SSR ne pourrait plus remplir son mandat de prestations de service public, inscrit dans la Constitution et dans le droit la Concession.

La Suisse multilingue est fédérale et ses cultures sont diverses. Des offres autonomes dans chaque région linguistique, des studios régionaux et des reportages sur les régions périphériques et les minorités, même s’ils entraînent des coûts supplémentaires, sont essentielles à la cohésion de notre pays. Une réduction des moyens touchera en premier lieu les régions linguistiques et périphériques, les formats de niche et ceux destinés à la relève. La diversité englobe également le mandat à l’étranger (notamment swissinfo.ch et des partenariats tels que 3sat et TV5MONDE) : ce mandat assure une visibilité internationale pour la culture suisse, ouvre des canaux de coproduction et de distribution et renforce la « cinquième Suisse » (diaspora). En réduisant les moyens de moitié, on fragilise ces passerelles aussi bien en Suisse qu’à l’étranger.“

Vous pouvez lire ici la déclaration complète de Suisseculture.

Estelle Revaz, présidente de Suisseculture, conseillère nationale et musicienne professionnelle, résume la situation en ces termes : « Même si nous regardons d’un œil critique la suppression des formats culturels, la réduction de moitié de ses moyens ne résoudra aucun problème. Elle en créera de nouveaux, au détriment de la culture suisse et de sa visibilité. »

Il s’agit également de la publicité de la culture

Depuis des années, ch-intercultur attire l’attention sur le déclin du journalisme culturel et de la critique culturelle : les capacités sont réduites. La culture est intégrée dans un domaine plus large, où elle est supplantée par des thèmes sociaux, politiques, idéologiques et centrés sur des personnalités. La concentration des médias réduit également la diversité. Plus de 1 200 personnes, dont des représentants renommés de la création et de la vie culturelles, ont signé le manifeste « Le journalisme culturel doit faire partie du message culture »,  publié par ch-intercultur. Malheureusement, les autorités fédérales n’ont pas donné suite à cette initiative. Face à cette évolution préoccupante, ch-intercultur s’est associé à la fondation We.Publish pour lancer le projet pilote « cültür ». Extrait du communiqué de presse du 7 novembre 2024 : « cültür entend proposer une offre alternative pour pallier la disparition progressive du journalisme et de la critique culturels dans les grands médias grand public. »

Les acteurs culturels se défendent

Les acteurs culturels et leurs organisations s’engagent désormais dans la campagne référendaire. Deux exemples :

  • Cinésuisse, l’as­so­cia­tion faîtière de la bran­che suisse du ci­né­ma et de l’audio­visuel, s’engage sur Internet et sur les réseaux sociaux pour un « non » à cette initiative : « Faut-il mettre fin à nos films et séries ? »
  • Le Conseil suisse de la musique fait remarquer, sous le titre « Où la musique vit » : « La musique fait partie du quotidien en Suisse – pour presque tout le monde. 19,2 % de la population chantent, 19,5 % jouent d’un instrument et 14,5 % dansent régulièrement. Plus de 65 % assistent à des concerts ou à des événements musicaux, 52,2 % fréquentent des festivals et 19,6 % vont à des spectacles de danse ou de ballet. Et presque tout le monde – 96 % – écoute de la musique en privé, dans au moins un genre. Nous écoutons la musique de multiples façons : via Internet (68,3 %), par des services de streaming gratuits (57,2 %) ou payants (46,8 %). Mais le canal le plus important reste – contre tous les clichés – inchangé : 80,5 % de la population écoute de la musique via la radio et la télévision. Ces chiffres racontent une histoire limpide : la Suisse est un pays de sons, un pays où la musique se vit, se célèbre, s’apprend et se partage. Ils montrent tout aussi clairement que la SSR est la scène médiatique grâce à laquelle la musique atteint les gens. C’est précisément cette scène qui est menacée par l’initiative pour la réduction de la redevance SSR « 200 francs, ça suffit ! » Si l’initiative est acceptée et que la SSR voit son financement réduit de moitié, la Suisse ne perdra pas seulement des médias – elle perdra l’infrastructure qui rend la musique visible, audible et accessible. »

En 2022, « Pour la diversité des médias » a été fondée afin de lutter contre cette initiative De nombreuses organisations et personnalités l’ont rejointe, notamment issues des domaines de la culture, de la société civile, des médias, du sport et de la politique. Cette alliance diffuse ses prises de position sur les réseaux sociaux. Les organisations culturelles suivantes l’ont rejointe depuis (par ordre alphabétique) :

  • Association suisse de la réalisation et du scénario
  • Association suisse des libraires et des éditeurs
  • Cineastas e cineasts rumantschs
  • IG Volkskultur
  • Le Conseil suisse de la musique
  • ProCinema – Association suisse du cinéma et de la distribution
  • Syndicat suisse Film et Vidéo
  • Suisseculture – faîtière des professionnels de la culture
  • Szene CH – association professionnelle des arts de la scène
  • t. Professions du specacle Suisse

Da la coprésidence font partie :

  • Christine Brand, auteure de romans policiers, BE/ZH
  • Romana Ganzoni, autrice, écrivaine, GR
  • Franz Hohler, écrivain, cabarettiste, ZH
  • Gardi Hutter, clown, TI
  • Salva Leutenegger, directrice de Szene Schweiz
  • Barbara Teerpoorten, actrice, VS
  • Ursus & Nadeschkin, duo de clowns, AG/ZH
  • Francesco Walter, co-directeur artistique de Musikdorf Ernen, VS
  • Priska Wismer-Felder, présidente d’IG Volkskultur, conseillère nationale Le Centre/LU

De plus en plus d’acteurs culturels prennent position sur les réseaux sociaux. Certains d’entre eux soulignent à juste titre l’importance politique de ce vote, à l’instar de Béla Rothenbühler, dramaturge et auteur : « À l’ère des fake news, des bulles de filtrage, des présidents menteurs et des IA hallucinantes, une couverture médiatique solide est essentielle à notre vie en société. »

Le temps presse – mobilisons-nous !

Les sondages d’opinion laissent présager un résultat serré. On constate régulièrement que dans une telle situation, la mobilisation des personnes concernées sur le plan idéologique et matériel peut faire pencher la balance. Alors mobilisons-nous ! Tous ceux qui sont liés à la création culturelle, à la vie culturelle, à la médiation culturelle !

Ulrich Gut, président de ch-intercultur, association pour la critique culturelle (ch-intercultur@ueg.ch)

 

 

 

 

Bild von Ulrich Gut

Ulrich Gut

Ulrich Gut (1952), Dr. iur., wohnt in Küsnacht ZH. Der ehemalige Chefredaktor und Kommunikationsberater kommentiert auf Online Plattformen politische und gesellschaftliche Entwicklungen. Er präsidiert UNSER RECHT und ch-intercultur. 2009-2020 war er Zentralpräsident von Alzheimer Schweiz.

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